Tiers lieux, lieux hybrides : Nouvelles formes d'hospitalité et de liberté ?

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Tiers lieux, lieux hybrides : Nouvelles formes d'hospitalité et de liberté ?

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De l’unité individuelle d’hébergement à l’espace collectif, il y avait plus qu’un pas que l’hôtellerie a enclenché en peu de temps. Maintenant, les nouveaux hébergements touristiques s’ouvrent davantage vers la rue, attirant des clients en journée pour des temps courts, facilitant les rencontres et les créations, entre locaux et voyageurs.

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date

22/05/2019

introduction

Les villes se réinventent par ces nouveaux territoires de services et de rencontres. Découvrez ces tiers lieux et comment ils tendent à transformer le tourisme !

description

Je me suis toujours employé à concevoir des espaces – temps décloisonnés, où la rencontre entre des personnes et des parcours différents peut se faire, où des paradigmes variés s’expriment et où la créativité soit diffusée, si ce n’est stimulée, dans la convivialité. Fédérer des « tribus » thématiques, culturelles, sociales, favorise le dialogue par une communauté de points de vues ou de préoccupations. Le Tiers Lieux, selon la définition de Ray Oldenburg en 1989, implique l’idée de l’échange mais aussi celle d’un outil, d’un processus collaboratif, d’une action collective, pour un esprit de coopération plus que de compétition.

N’est-on pas à la lisière de nouvelles formes plus audacieuses encore où la culture, l’art de la fête, l’apport des nouvelles explorations, se mêlent à l’exercice de la convivialité et donnent du sens, une stimulation, des horizons ?

 

Créer un lieu est un exercice de funambule

J’ai toujours ressenti comme un risque l’idée que des personnes convaincues du bien fondé de leur démarche finissent par se prouver ce dont elles sont déjà certaines. De là à ce qu’elles pensent avoir « raison » il n’y a qu’un pas. Or c’est la chose la plus simple qui soit. S’interroger, s’aventurer, explorer, se laisser bousculer est un peu moins confortable. Cette petite phrase de Nietzche raisonne avec justesse « ce n’est pas le doute qui rend fou, c’est la certitude », et nourrit sans doute de nouveaux endroits inattendus.

Certains acteurs excellent dans l’intuition de réunir au bon endroit les bonnes personnes pour un lieu créant de la connivence, et foisonnant. Ils conçoivent ainsi un « tiers lieu » selon un objectif défini. En même temps la concentration extrême des occupants que j’y observe, généralement orientés vers un écran, peu conviviaux entre eux, m’a toujours interpellé pour ne pas dire inquiété ! Comme s’il leur manquait un élément de perturbation extérieur, d’étonnement.

J’ai toujours ce scrupule de dire à un ensemble d’humains, grégaires : venez là, vous y serez bien, vos idées y seront reconnues et vous pourrez échanger. Car in-fine chacun a besoin d’un espace pour être soi plutôt que pour être entre soi. Toute la complexité réside dans ce subtil mélange entre ces approches.

C’est là qu’interviennent des paramètres différenciant : l’art et la création, l’invention d’idées nouvelles. L’artiste, l’auteur, le voyageur insaisissable, l’homme d’esprit libre, sont des amis des lieux de vie et des ennemis des tiers lieux à l’objectif d’activité trop défini. Ils apportent subjectivité, originalité, décalage, perspectives.

 

Deux paramètres fondamentaux : l’un matériel, le lieu, l’autre sensible, l’humain

Les deux fondent des projets à encourager, qui sont ces endroits hybrides collectifs où l’on est bien et parfois déstabilisés. Un lieu c’est d’abord un volume, parfois une histoire architecturale, mais toujours celle d’un territoire, avec sa sociologie, son environnement. Ce sont des vues, donc des points de vues, qu’on peut sublimer, une scénographie, un éclairage, un décor, des objets. Donc un ou des scénarios. Ces éléments ne sont pas accessoires car ils font le lieu.

Ensuite ce sont les humains qui l’habitent : ceux qui l’inventent, le font naître de leur désir, leur vision, leur initiative. Ceux qui sont les indigènes de la région concernée ou dont le coup de cœur pour l’endroit les a fait chavirer d’un enthousiasme généralement communicatif ! Il est indispensable de placer l’initiative au centre des préoccupations car elle est la condition de l’épanouissement. Personne ne vit sans.

Les initiatives dépourvues de carcans, de dogmes, de limites arbitraires ou bien-pensantes, de modèles types, sont celles susceptibles de donner naissance à des projets exemplaires, exceptionnels et audacieux, dès lors que la créativité et le partage sont leur moteur.

 

Des difficultés, mais un vent de liberté

Il existe en creux des problématiques dans l’apparition de lieux singuliers, que les collectivités et les acteurs privés doivent dépasser, mais cela évolue : selon leurs codes (économiques, politiques ...) ils ont besoin de repères et de modèles autoportants. Dès lors le risque est de se priver du caractère réellement innovant que ces endroits peuvent avoir en sachant mêler des activités à potentiel économique à une valeur ajoutée dans des registres culture, convivialité, innovation, solidarité, idées, et des acteurs indépendants qui peuvent les développer avec ferveur, expertise et engagement, pour une réussite probable. Ce mix est fécond et « rentable » : éveil par la culture, économie, tourisme...

On peut souligner une appétence pour des endroits où la pensée n’est pas dictée, où l’amusement n’est pas « toléré », où les relations sociales ne sont pas organisées, où le vivre ensemble peut enfin exister. Les lieux de vie, de culture, de fête seraient-ils devenus des espaces d’expérimentation au service de ces aspirations à des cités libres et insolites ? Des outils plus collaboratifs, fédérateurs et régulateurs ? Ou bien un ultime SAS vers de nouvelles formes d’explorations contemporaines qui réenchantent l’aventure de l’humanité ?

Quelle que soit la réponse c’est assurément cette ambition qui est à l’oeuvre.

Notre territoire de France et d’Europe a toujours su porter de grands projets tournés vers l’autre et vers les libertés.Nos lieux de vie ambitionnent d’être la quintessence de notre savoir-faire en matière d’hospitalité sans rien à envier à nos talentueux et admirables voisins.

Ils forment tous ensemble quelques-uns des signes de notre cohésion et constituent une intelligence collective au service du mieux vivre ensemble. Autant d’initiatives qui sont une source inspirante intarissable, au risque même de s’émouvoir et d’être bien, et de faire le déplacement pour s’y trouver !

Renaud Barillet, Directeur de la Bellevilloise

 

Pour en savoir plus sur les tiers lieux et les enjeux de ce secteur, le Welcome City Lab vous invite à vous procurer le Cahier des Tendances #3 et son dossier spécial « Lieux hybrides » téléchargeable ici.

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Tiers lieux, lieux hybrides : Nouvelles formes d'hospitalité et de liberté ?